PROPOSITION KAY
Festival des Cabanes d’Annecy 2022.
KAY
En créole, il désigne la maison, l’abri, le foyer. En choisissant ce nom pour une intervention au cœur des massifs forestiers, le projet dépasse la simple construction pour devenir un pont entre les géographies. Il nous rappelle que l’acte d’habiter est universel, mais que ses modalités dépendent de notre capacité à dialoguer avec le milieu.
Le maintien d'un bâti durable repose sur la survie d'un maillage industriel local. En France, la filière bois dépend de la résilience de 1 600 scieries territoriales, souvent familiales, qui constituent le dernier rempart entre la ressource brute et l'usage constructif.
L'exemple de la scierie Cavagnon & Fils illustre cette tension : comment maintenir un savoir-faire technique et un capital humain dans une économie de la vitesse ? Valoriser ce travail n’est pas un acte de charité, mais une reconnaissance de la souveraineté territoriale. Sans ces transformateurs, la forêt s'éloigne de l'architecture, et le circuit court devient une abstraction marketing.
Le Paradoxe de l'Usage : Entre Co-création et Altération
La forêt française — qu’elle soit l’immense canopée de Guyane (96 % du territoire) ou les massifs de l’Hexagone — souffre d’une déconnexion cognitive. Nous habitons ses lisières sans en comprendre les cycles.
Le projet KAY propose de briser la posture du spectateur pour celle du praticien. En invitant chaque marcheur à apposer une banche entre les portiques, la construction devient un acte politique de responsabilité partagée :
Engagement physique : Le visiteur devient co-auteur de l’espace.
Incertitude : La cabane est soumise à la dualité humaine, entre le désir de construire et le risque de dégrader.
Observation : Le temps long de la construction permet à la faune de réinvestir les lieux, forçant l'humain à négocier sa place avec le vivant.
La régénération par le Matériau
La crise écologique nous impose de sortir du modèle extractif pour entrer dans celui de la réparation. Les symptômes sont là : incendies, coulées de boue, invasions biologiques. Ils traduisent une rupture de l'équilibre forestier.
Le levier central de ce projet est la mise en lumière du bois mort et du cycle du carbone. Loin d'être un déchet, le bois en décomposition est le moteur de la régénération. En réintégrant ce matériau « sous nos pieds» dans le processus constructif, nous rappelons que l'architecture doit s'inscrire dans les chaînes trophiques du sol.
Si la Kay est l'archétype de l'abri, peut-elle devenir l'outil d'une nouvelle gouvernance du vivant ? Au-delà de l'objet architectural, c'est notre capacité à habiter nos limites et à honorer nos héritages territoriaux qui est ici mise à l'épreuve.
Détails
Localisation SAINT-FERREOL
Sujet Construction temporaire
Surface 6 m² SP
Client La Soierie
Concours Avril 2022
Cout 500 € HT estimé
Achèvement Non retenu

